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1914 : Prostituées et bordels militaires : l'armée répond aux attentes sexuelles des poilus

Au front, loin de leurs repères ordinaires, les poilus souffrent de manque affectif mais aussi sexuel. L’historien Jean-Yves Le Naour, spécialiste de la première guerre mondiale a étudié la question et rend compte en des termes très clairs de l’institutionnalisation progressive de la prostitution pour les soldats.

"Après avoir mené une politique de fermeté, [l’armée] s'est peu à peu ralliée à l'idée de l'organisation de la sexualité des soldats et de la mobilisation des prostituées au sein d'une sorte d'intendance sexuelle officielle.

Dans un premier temps, elle va donc favoriser la prostitution en maison, qui était sur le déclin depuis la fin du XIXe siècle, en donnant des sauf-conduits à des "professionnelles" de l'arrière pour qu'elles puissent monter dans les bordels des cantonnements de l'avant.

Tout change le 13 mars 1918 avec la circulaire du général Mordacq qui fonde les bordels militaires dans la zone de l'avant. Les prostituées ne sont cependant pas des fonctionnaires, et le bordel reste un commerce privé, mais c'est bien l'armée qui est maîtresse de la situation : c'est elle qui construit ou fournit les locaux et qui choisit les concessionnaires de l'établissement, qu'elle peut renvoyer sur-le-champ en cas de manquement au règlement intérieur qu'elle est seule à édicter. Celui-ci, mis au point le 23 mai suivant, précise que le bordel sera exclusivement réservé aux militaires et détaille la liste du matériel et des produits prophylactiques que chaque chambre doit contenir pour servir à la toilette pré et postcoïtale."

Jean-Yves Le Naour, "Epouses, marraines et prostituées : le repos du guerrier, entre service social et condamnation morale" in Evelyne Morin-Rotureau, Combats de femmes 1914-1918.

2014: "La prostitution est aujourd’hui ultra présente."

Les bordels militaires de campagne (BMC) n’existent officiellement plus en France. Le dernier d’entre eux a fermé ses portes en 1995 : il était situé à Gourou en Guyane. L’armée ne facilite plus les relations sexuelles sur le terrain. Les militaires, et c’est particulièrement le cas en opérations extérieures, ont recours à la prostitution aux abords de leurs campements.

"La prostitution est aujourd’hui ultra présente. Les BMC ont été remplacés par des bars à putes connus de tous. À Djibouti ou en Côte d’Ivoire par exemple, ils savent où aller. Quand elle n’a plus eu le droit d’établir des BMC, on s’est rendu compte que l’armée, d’une certaine manière, continuait de le faire. Quand les hommes arrivent en terrain extérieur, on leur fait un brief sur les comportements à risque, les préservatifs sont à disposition et on leur explique qu’ils doivent faire gaffe à la prostitution des mineurs", nous explique Julia Pascual, co-auteur de La Guerre Invisible, une enquête consacrée aux violences sexuelles dans l’armée.

"L’ambiance sexualisée est propre à cet univers viril et militaire où l’affirmation de son identité militaire passe par une dimension sexuelle à travers des blagues grivoises salaces et à travers la revendication de conquêtes sexuelles ou la détention de matériel pornographique", poursuit Julia Pascual.

"On a des témoignages qui rapportent la présence de matériel pornographique. Alice, une femme qu’on a suivie, est allée jusqu’à visionner des films pornos avec ses camarades masculins pour s’intégrer. Elle s’est prêtée au jeu collectif de visionnage de films porno", ajoute la journaliste.