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1914 : Le contrôle par la censure

C’est le retour de la figure d’Anastasie, dessin d’une dame aux ciseaux qui symbolise depuis la moitié du XIXe la censure dans la presse. L’armée s’illustre pendant les années que dure le conflit par une attitude assumée et autoritaire : le contrôle.

De 1914 à 1917, c’est le service d’informations des armées qui l’exerce sur la presse et la radio, avant de passer directement la main au gouvernement.

Le décret du 2 août 1914 instaure la censure. Pour éviter de démoraliser les troupes - c’est l’objectif invoqué - il faut maîtriser les informations à l’arrière et au front. A l’arrière, les journaux sont lus et validés avant parution.

“Le nombre de journaux qui parviennent au front par l’intermédiaire des agences et des coopératives est considérable. Leur lecture a sur le moral des troupes une influence directe, mauvaise ou bonne, d’où deux catégories d’articles : ceux qu’il faut éviter, ceux qu’il faut inspirer et propager.”
Philippe Pétain, ministre en chef des armées dans un courrier au ministre de la guerre le 23 août 1917.

Sur le front, où des dizaines de journaux de tranchées commencent à se développer dès la fin de l’année 1914, l’armée conserve également un œil très vigilant sur les productions des poilus qui tuent le temps entre les attaques et les périodes de repos.

2014 : La censure par le contrôle

Le rapport entre l’armée et les médias a basculé après la guerre du Vietnam : les journalistes, dont les images et les témoignages avaient braqué l’opinion, n’ont depuis plus libre accès aux champs de bataille.

Depuis la seconde guerre du Golfe, une nouvelle forme de censure, qui ne dit pas son nom, s’est installée. Les journalistes ont la possibilité de couvrir les conflits en “embarquant” aux côtés des troupes, parfois jusqu’aux lignes front. Cette pratique, qui reste parfois la seule voie pour atteindre certaines zones de guerre, est très discutée.

"Quand on est embarqué avec une armée, la sacro-sainte objectivité en prend un coup. La tendance à une censure réelle ou insidieuse est un écueil de l’armée française", explique Alfred de Montesquiou, journaliste qui a notamment été embarqué avec les forces françaises en Afghanistan en 2008.

"Les journalistes sont "embedded" seulement lors de transports de troupes ou d’opérations logistiques, type convoi de blindés. On ne nous emmène jamais sur le front, là où se passent les combats", raconte à Télérama Pierre Grange, envoyé spécial de TF1 lors de l’intervention française au Mali.