1914 : "Un vrai poilu ne boit que du pinard"

"Ce sacré pinard, c’est encore lui qui nous fait oublier notre cafard, c’est notre meilleur copain ; c’est pas une chose avouable, mais c’est comme ça" (extrait d’une lettre cité dans Jean Nicot, Les poilus ont la parole : dans les tranchées, lettres du front, 1917-1918).

Les poilus avaient chacun un bidon d’un litre qui devait être rempli d’eau, quotidiennement. Mais lors des combats, le ravitaillement en eau est mal assuré : “si les estomacs ne crient pas famine... la pénurie d’eau assèche les gorges. L’eau potable se fait rare. Les hommes se rasent avec le café ! Ils en viennent à implorer le dieu Pinard qu’ils savent plus généreux. Le gros rouge coule à flots et l’alcoolisme se développe insidieusement dans les tranchées”, témoigne un autre poilu.

Au quotidien, l’eau est remplacée par un quart de litre de vin : l’approvisionnement est relativement facilité par l’abondante vendange de 1914. Le vin, qui permet aux poilus de supporter les conditions atroces de la vie dans les tranchées, devient un symbole patriotique. “J’ai comme toi, pour me réconforter le quart de pinard qui met tant de différences entre nous et les boches”, écrit Apollinaire dans un caligramme. Au front, “le quart”, reconnu insuffisant, est doublé par le Parlement en janvier 1916. A l’arrière, le gouvernement réquisitionne le vin pour abreuver les soldats.

C’est juste avant la guerre que le gouvernement commence à identifier la drogue comme un problème de santé publique. En juillet 1916, une loi tente d'en interdire l'usage - la cocaïne, dite “coco”, en tête. Mais dans les tranchées la drogue reste peu présente : “elles sont marginales et le fait de soldats issus des classes privilégiées”, explique François Cochet dans le Dictionnaire de la Grande guerre.

2014 : Les médecins donnent l'alerte

En 2009, le bulletin officiel des armées met en place des dépistages au sein du corps militaire pour identifier “les consommations excessives d’alcool, de stupéfiants ou de médicaments détournés de leurs usages”. Il est demandé aux supérieurs hiérarchiques d’identifier ces comportements, qui “entachent gravement la réputation et la considération du militaire”.

Cette note fait suite à l’observation de nombreux abus chez les militaires. Dans un dossier, Franck de Montleau, médecin en chef des armées et professeur au Val de Grâce, indique que “la consommation d’alcool dans l’armée est supérieur à celle de la population générale”. Dans l’armée de Terre, 15,7% des militaires sont des buveurs dépendants, contre 9% dans la population civile. La consommation de cannabis est aussi importante. En 2007, une enquête révèle que 16,9 % des militaires testés au sein de l’armée de Terre sont positifs aux cannabis.

Alcool, cannabis… à la liste s’ajoute aussi les produits dopants. Dans un article d’Inflexions, la revue de l’armée de Terre citée par Le Point, trois médecins militaires alertent timidement sur l’usage de produits dopants chez les soldats. Les objectifs seraient similaires à ceux des sportifs : “être plus performant que l’adversaire -, mais à atteindre dans un contexte bien différent, celui de la guerre et du combat”.